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Maryline Perenet

Entrepreneure
Paris, 45-55

Brève présentation de l’invitée, activité ou profession, lieu de naissance ou pays d’origine, formation ou parcours, lieu de vie.

Maryline Perenet est née à Lyon, petite-fille d'agriculteurs ardéchois. Dès l'enfance, trois passions indissociables : la voile, le ski et les voyages en solitaire, sac au dos.

Après un DEA de droit des affaires, elle commence dans la finance et les levées de fonds, avant de s'envoler quelques mois à New York puis San Francisco — une parenthèse américaine qui forge durablement sa vision entrepreneuriale. Elle complète son parcours par une formation en Neurosciences for Business au MIT. En 2010, elle crée une première marketplace bio qu'elle revend trois ans plus tard. En 2017, elle fonde Digit'Owl, lève plusieurs millions d'euros et initie plus de 50 000 enfants à la programmation et à l'IA — une initiative saluée par le Trophée de l'Éducation d'Europe 1. Nominée parmi les 40 femmes Forbes de l'année, elle est aujourd'hui conférencière, autrice et créatrice de La Bulle. Elle vient de lancer Monica, une start-up dédiée aux talents de plus de 45 ans.

Elle vit entre Paris, Porto Vecchio et Chamonix. Trois territoires. Une seule boussole : l'émerveillement.

Parlez-nous de votre lieu de résidence, ville ou région, activité et si ou ce que vous aimez votre lieu de résidence ?

Je vis à Paris, à deux pas de Roland-Garros et du Bois de Boulogne. J’aime profondément ce quartier pour son esprit presque village : tout se fait à pied ou à vélo. Le collège et le lycée de mes enfants sont à quelques mètres de la maison et, depuis deux ans, j’ai parcouru plus de 4 200 kilomètres à vélo dans Paris.

Mais je crois que je vis surtout entre plusieurs mondes. Paris pour son énergie intellectuelle, la Corse pour la Méditerranée et le rapport au temps, la Bourgogne pour le silence et les longues tablées familiales, et Chamonix pour la montagne, l’effort et la sensation presque physique du vivant.

Vos adresses incontournables près de chez vous ? (restaurant, marché, galerie, musée, à ne pas manquer, adresse intime ou secrète, etc)

À Paris, j’adore retrouver la terrasse de Gigi Paris dès les premiers beaux jours. La vue sur les toits de Paris y est presque irréelle et j’aime cette élégance italienne un peu solaire au cœur de la ville.

Le marché, en revanche, je le fais surtout le week-end en Bourgogne. C’est un autre rapport au temps. On y parle davantage, on cuisine plus lentement, on retrouve quelque chose de très simple et précieux.

J’aime aussi beaucoup flâner dans les galeries du 7e arrondissement ou autour de l’Élysée, notamment les galeries d’art contemporain les plus épurées. Et mon musée préféré reste sans hésitation le Museum of Modern Art à New York. J’y ai vécu quelques années et j’en ai gardé une fascination pour l’énergie culturelle de la ville, cette sensation que tout va vite, que tout bouillonne, que l’art, le cinéma, les idées et les conversations circulent partout.

Vos adresses préférées sur Terre ?

Mes adresses préférées sur Terre sont sans hésitation liées à la mer. La Méditerranée d’abord. Chaque fois que j’arrive dans notre maison en Corse, je ressens immédiatement une forme d’apaisement physique. Et je ne peux jamais m’empêcher de filer à Bonifacio. Il y a là-bas quelque chose de presque magnétique : la puissance des falaises, le vent, la lumière, et cette sensation fascinante d’avoir la Sardaigne juste en face, comme une promesse d’ailleurs à portée de regard.

 Et puis il y a l’océan Pacifique, du côté de San Francisco. Cette côte possède une énergie complètement différente, plus brute, plus verticale peut-être. J’y retrouve toujours une forme de liberté et de créativité très particulière, cette impression que le monde reste immense et encore plein de possibles.

 

Pensez-vous qu'il soit important de voyager et pourquoi ?

Je pense qu’il est essentiel de voyager. Mais voyager ne signifie pas forcément “faire du tourisme”. Pour moi, ce sont presque deux choses opposées. Le vrai voyage nous oblige à ralentir, à observer, à sortir de nos automatismes et de nos certitudes. Il nous apprend à habiter le monde autrement. On revient rarement identique d’un voyage : notre regard change, notre rapport au temps aussi, et parfois même notre manière de vivre au quotidien.

 Je réfléchis beaucoup à l’avenir du voyage en ce moment. Je lis d’ailleurs un livre passionnant, Destination2075, qui imagine différentes façons de voyager dans le futur, avec notamment des réflexions fascinantes sur l’impact climatique, les mobilités douces ou encore le possible retour des dirigeables à hydrogène.

Que pensez-vous de l’avenir du voyage et ce que nous devons (citoyens) considérer ?

Je pense que nous allons être obligés de réinventer notre manière de voyager. Pas seulement pour des raisons écologiques, mais aussi pour des raisons presque humaines et culturelles. Nous avons parfois transformé le voyage en consommation rapide : accumuler des destinations, prendre des photos, cocher des lieux. Mais est-ce encore vraiment voyager ?

 Je me pose souvent cette question : partir dans un hôtel “tout compris” sans jamais sortir du resort, est-ce réellement découvrir un pays, une culture, une manière de vivre ?

 Que conseillerez-vous ?

Je conseillerais peut-être d’abord de réapprendre à ralentir. Nous vivons dans une époque où tout pousse à l’accélération, à la distraction permanente et à la consommation rapide des lieux comme des expériences. Pourtant, certaines des plus grandes joies de la vie restent extraordinairement simples : une balade à vélo à travers les champs, cuisiner en chantant, fabriquer ses propres assiettes en poterie, regarder la mer ou partager un repas qui dure des heures. Je crois que le voyage devrait aussi nous reconnecter à cela.

 Je crois au contraire que le voyage de demain devra redevenir plus lent, plus conscient, plus incarné. Peut-être voyager moins souvent, mais plus profondément. Rencontrer davantage. Comprendre les territoires que nous traversons. Respecter les équilibres locaux. Et surtout retrouver cette capacité à être déplacé intérieurement par un lieu, une lumière, une langue ou une rencontre.

 Je crois que nous allons devoir réapprendre à protéger notre attention comme une ressource vitale. L’enjeu des prochaines années ne sera pas uniquement technologique ou économique ; il sera profondément humain. Comment continuer à penser librement ? Comment élever des enfants dans un monde de sollicitations permanentes ? Comment préserver notre capacité à ressentir, créer, aimer, décider ?

 C’est précisément ce que j’essaie d’explorer aujourd’hui à travers mes conférences, mes écrits et La Bulle : comprendre ce que les neurosciences, l’IA et l’accélération du monde changent dans nos vies très concrètes, mais aussi comment retrouver davantage de lucidité, de présence et de liberté intérieure.

 

En tant que femme, comment jugez-vous l’avenir de notre terre ou de nos sociétés ? Comment pensez-vous y contribuer ? Des femmes qui vous marquent?

Des femmes comme Brené Brown, Esther Perel ou encore Sofia Coppolame touchent beaucoup, chacune à leur manière. Mais j’ai surtout été profondément inspirée par les femmes de ma propre famille. Ma grand-mère d’abord, par sa force tranquille et son élégance de vie. Puis ma mère, femme entrepreneure, qui m’a montré très tôt qu’une femme pouvait créer, décider, bâtir et tracer son propre chemin. Et aujourd’hui, ma fille Carla m’inspire chaque jour par sa créativité, son courage, sa détermination et sa joie immense. Je crois profondément à cette transmission invisible entre les générations de femmes.

 

Quel serait votre rêve de voyage ?

Mon rêve de voyage serait sans doute un très long voyage lent autour de la Méditerranée… sur un voilier bien sûr. J’ai la chance de naviguer depuis bientôt cinquante ans et la mer reste pour moi l’un des derniers espaces de vraie déconnexion. En mer, le temps ralentit différemment. On redevient attentif au vent, à la lumière, au silence, aux autres. Partir avec mes enfants, traverser l’Italie, la Grèce ou la Sardaigne, vivre au rythme des escales, cuisiner à bord, lire, écrire… Ce serait une autre manière d’habiter le monde. Un voyage où l’on ne chercherait plus à “voir le maximum”, mais à vivre pleinement chaque lieu traversé.

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