
Brève présentation de l’invitée, activité ou profession, lieu de naissance ou pays d’origine, formation ou parcours, lieu de vie.
Née à Toulouse, Fabienne Lupo possède la double nationalité française et suisse. Installée à Genève depuis près de trente ans, elle a consacré sa carrière à l'univers du luxe, de l'horlogerie, des métiers d'art et de la création. Après avoir dirigé la Fondation de la Haute Horlogerie puis créé la biennale des métiers d’art Homo Faber à Venise, elle accompagne aujourd'hui les entreprises et les institutions à travers sa société LuXpo et a fondé ReLuxury, le premier salon international et écosystème dédié à la circularité dans le luxe. Elle est également Présidente de la Fondation Genève Tourisme & Congrès.
Parlez-nous de votre lieu de résidence, ville ou région, activité et ce que vous aimez dans votre lieu de résidence.
Je vis à Genève depuis près de trente ans. Je suis arrivée pour mon travail pour diriger le Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH, devenu maintenant Watches & Wonders) pour quelques années et je n'en suis jamais repartie.
J'aime profondément cette ville parce qu'elle est à la fois locale et universelle. On peut y entendre toutes les langues du monde dans la même journée, rencontrer des personnes venues de tous les continents et pourtant conserver un sentiment de proximité et de simplicité.
Le lac fait partie de mon équilibre. J'ai besoin de sa présence. J'aime marcher sur les quais, observer les saisons changer, voir les montagnes apparaître ou disparaître derrière les nuages. J’aime m’y baigner et naviguer sur le lac. Ce sentiment de liberté et d’évasion au cœur de la ville. Genève est une ville discrète qui ne cherche pas à impressionner. Elle préfère construire des ponts entre les cultures, les idées et les personnes. Je crois que c'est ce qui me plaît le plus.
Vos adresses incontournables près de chez vous ?
Je suis très attachée aux Bains des Pâquis. C'est probablement l'endroit qui ressemble le plus à Genève : simple, ouvert, cosmopolite et profondément humain.
J'aime aussi le Yacht Club, la Nautique, et Carouge, une ville dans la ville.
Je recommande souvent aux visiteurs de quitter les grands axes pour découvrir les vignobles genevois, les petits villages du canton ou encore les sentiers qui longent le lac.
Et puis il y a toutes ces adresses que l'on ne trouve dans aucun guide : une librairie, un café, un banc face au lac ou une conversation imprévue qui transforme une journée ordinaire en beau souvenir.
Et puis il y a Genève vue par ceux qui y vivent vraiment.
Un business lunch au Café des Bains, où se croisent artistes, galeristes, businessmen et habitués du Quartier des Bains.
L'été, un verre au bord de l'eau au Dendê ou un déjeuner à Port Gitana, presque les pieds dans le lac, avec le Mont Blanc en toile de fond.
Pour une parenthèse hors du temps, direction Chez Martel. Son charme délicieusement désuet évoque le Genève d'autrefois et les conversations qui prennent leur temps.
Les jours de marché à Carouge, une halte à Al Mercatos'impose pour profiter de l'atmosphère de village qui fait tout le charme de ce quartier. Et lorsque l'envie d'Italie se fait sentir, rien ne vaut Chez Ciro, dans le quartier populaire des Paquis, où l'on retrouve une cuisine généreuse et authentique, comme chez la mamma.
Aux Eaux-Vives, la librairie Le Temps d'un Livre organise régulièrement rencontres et conversations. Et pour terminer la promenade, direction la Treille et son célèbre banc, le plus long banc en bois de Suisse, offrant une vue imprenable sur Genève.
Vos adresses préférées sur Terre ?
L’Italie certainement avec toute sa diversité, de Rome à Venise, de Lucca à Lecce… j’aime toute l’Italie. Venise occupe une place particulière dans mon cœur. J'y ai vécu une aventure humaine et professionnelle extraordinaire avec la création de Homo Faber, la première biennale des métiers d’art à la Fondazione Cini. C'est une ville qui célèbre la beauté, le temps long et l'excellence des savoir-faire.
Mais mes adresses préférées sont rarement des lieux célèbres. Ce sont souvent des ateliers d'artisans, des manufactures, des maisons familiales ou des villages où l'on perpétue encore un geste, un savoir faire, ou une philosophie transmise depuis plusieurs générations.
Je crois que les lieux qui me touchent le plus sont ceux où l'on sent encore la présence de la main et du cœur des hommes et des femmes.
Pensez-vous qu'il soit important de voyager et pourquoi ?
Absolument.
Voyager est l'une des plus belles façons d'apprendre. Chaque voyage nous confronte à d'autres réalités, d'autres histoires, d'autres visions du monde.
Dans une époque où les opinions se polarisent facilement, le voyage nous rappelle la richesse et la complexité du monde. Il nous apprend l'écoute, l'humilité et la curiosité.
Je crois que l'on revient toujours différent d'un voyage. C'est ce qui en fait toute la valeur.
Que pensez-vous de l'avenir du voyage et ce que nous devons considérer ?
Je pense que nous allons progressivement passer d'un tourisme de consommation à un tourisme de contribution.
Le voyageur de demain cherchera moins à accumuler des destinations qu'à vivre des expériences qui ont du sens. Le voyage devient le nouveau Luxe.
Nous devons voyager avec davantage de respect pour les cultures, les ressources naturelles et les communautés qui nous accueillent.
Le véritable voyage ne consiste pas à prendre quelque chose à un lieu mais à créer un échange avec lui, à donner et à laisser une trace vertueuse.
Que conseilleriez-vous ?
De ralentir.
Nous passons notre vie à courir d'un objectif à l'autre. Pourtant, les plus beaux souvenirs naissent souvent lorsque l'on accepte de perdre un peu de temps.
Je conseillerais aussi de toujours pousser la porte d'un atelier, d'un marché ou d'une petite échoppe. Les artisans sont parmi les meilleurs conteurs du monde. À travers leur travail, ils racontent l'histoire d'un territoire, d'une culture et parfois d'une famille entière. Genius loci : le génie des lieux comme on dit en latin.
En tant que femme,comment jugez-vous l'avenir de notre Terre ou de nos sociétés ?
Je suis lucide mais optimiste.
Nous sommes à un moment charnière où nous devons réinventer beaucoup de choses : notre rapport à la consommation, aux ressources, au vivant et même à la réussite.
Je crois profondément que nous entrons dans une époque où la coopération deviendra plus importante que la compétition.
Les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans cette transition parce qu'elles portent souvent une vision plus transversale, plus inclusive et davantage tournée vers le long terme.
Comment pensez-vous y contribuer ? Des femmes qui vous marquent ?
J'essaie d'y contribuer en défendant l'idée que la valeur ne réside pas seulement dans ce qui est neuf, mais aussi dans ce qui est transmis, réparé, préservé et réinventé.
La circularité est devenue le fil conducteur de mon engagement. Elle s'applique aux objets, mais aussi aux connaissances, aux savoir-faire et aux relations humaines.
Les femmes qui m'inspirent sont souvent celles qui construisent plutôt que celles qui occupent le devant de la scène. Celles qui transmettent, qui rassemblent, qui ouvrent des chemins pour les autres.
J'ai rencontré au cours de ma vie des artisanes, des entrepreneures, des créatrices et des mères de famille extraordinaires. Elles m'ont appris que l'impact durable est souvent le fruit de la persévérance, et la plus part du temps de l’ombre, plus que de la lumière et de la visibilité.
Quel serait votre rêve de voyage ?
J'aimerais entreprendre un voyage autour du monde sans véritable itinéraire. Idéalement en bateau, en voilier, de port en port. Pour moi c’est synonyme de liberté totale, pas d’horaire, pas de contrainte, … se laisser surprendre.
Partir à la rencontre de celles et ceux qui transmettent un savoir, une tradition, une passion ou une vision.
Prendre le temps de comprendre ce qui relie les êtres humains au-delà des frontières.
Au fond, mon rêve n'est pas de découvrir davantage de lieux, mais davantage de personnes.






