NAVY YARD / N. AMBROSETTI

N. AMBROSETTI

Vue plongeante sur la vénus d’argent du radiateur.

À la radio une Melody fait chavirer la voiture de trottoirs en trottoirs et la nuit s’enfonce dans ce qu’il lui reste de coeur. La douleur pue le vieux bourbon sec avalé en séries noires.

Peu avant, il avait été embarqué par deux bonhommes le ramenant à la réalité d’un premier trottoir sur lequel, les mains au sol il avait dessiné son visage tatoué de souvenirs auxquels ses fers le rappelaient à ses larmes.

Il a conduit à travers les gouttes de pluies qui se meurent sur un horizon vitré et qui se transforment en danseuses que la morale l’interdit d’ignorer sur l’expressway de Bushwick qui roule trop vite en direction de ce qui ne sera plus qu’un souvenir.

Je vois encore l’uppercut qui atteint le menton de ce gars qui de tout son corps s’envole au ralenti, la grâce d’un ange, pour retomber de tout son poids sur le tapis d’un ring trop ambitieux pour sa catégorie. M’avait-il confié la veille.

La musique rajoute aux drames, au fer rouge, l’odeur du manque. La radio reprend d’un froid glacial, un tube berlinois nasillard qu’elle chantait quand elle avait envie de lui rappeler ce que Walter lui avait promis.

Sur la rambarde de Navy Yard, le torse à poil, les pieds déjà bleus, tout peu encore se jouer, il suffirait que sa main se pose sur sa nuque pour lever la nuit et ouvrir les yeux sur les champs dans lequel hier encore ils s’embrassaient.

On a retrouvé la vénus d’argent dans sa main avec écris sur son torse la légende de celle qu’on appelait Verticordia.

A la radio une femme faisait tinter le métal de son zip...

Affaire classée.

Nicolas Ambrosetti
New-York, octobre 2019

August 18, 2021
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