LA VAGABONDE / COLETTE

Le "Train Suite" japonais plus luxueux que jamais

Je m’échappe, mais je ne suis pas quitte encore de toi, je le sais. Vagabonde et libre, je souhaiterai parfois l'ombre de tes murs... Combien de fois vais-je retourner à toi, cher appui où je me repose et je me blesse? Combien de temps vais-je appeler ce que tu pouvais me donner, une longue volupté, suspendue, attisée, renouvelée...
(...) Je te désirerai tour à tour comme le fruit suspendu, comme l'eau lointaine, et comme la petite maison bienheureuse que jefrôle...

Je laisse, à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance, effeuillées de moi, celle-ci sur la pierre chaude et bleue des combes de mon pays, celle-là au creux moite d'un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l'oiseau, la voile, le vent et la vague. Tu gardes la plus tenace: une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau...

Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plusrien de moi, jusqu'au jour où mes pas s'arrêteront et où s'envolera de moi une dernière petite ombre... qui sait où?

- Colette, La Vagabonde

Née en 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), Sidonie Gabrielle Colette y vit jusqu’à son mariage en 1893 avec Henri Gauthier-Villars, dit Willy. C’est lui qui l’incitera à écrire la série des quatre Claudine (1900-1904). Divorcée en 1906, elle devient mime tout en continuant à écrire – romans ou souvenirs : Les Vrilles de la vigne, La Vagabonde, Dialogues de bêtes, La Retraite sentimentale ou encore L’Envers du music-hall. Elle donne des articles au Matin dont elle épouse le rédacteur en chef, Henri de Jouvenel, en 1912. Elle divorce en 1924, se remarie en 1935 avec Maurice Goudeket. Membre de l’Académie royale de Belgique (1936) et de l’académie Goncourt (1944), elle meurt à Paris en 1954. Par son style et par l’ampleur de son œuvre, elle se classe parmi les meilleurs écrivains du XXe siècle.

January 18, 2022
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