Sur les contreforts boisés des volcans Virunga, en 2019, la maison One&Only a ouvert ce qui demeure l'un des refuges les plus confidentiels d'Afrique : le Gorilla's Nest, niché à 2 500 mètres d'altitude au cœur d'une forêt d'eucalyptus centenaires, à quelques battements d'ailes des derniers gorilles des montagnes. Nous y sommes partis l'an dernier, attirés par cette promesse rare — celle d'habiter, ne serait-ce que quelques nuits, le voisinage immédiat d'une espèce que Dian Fossey défendit jusqu'au sacrifice de sa vie.
Le Rwanda surprend dès l'atterrissage. Pays des mille collines, parfois surnommé « la Suisse de l'Afrique » pour la douceur de ses paysages et la rigueur de son organisation, il offre un contraste saisissant : Kigali, capitale lumineuse et propre, où circulent les moto-taxis dans un ballet ordonné ; puis, deux heures plus tard, la route serpente vers le nord-ouest, traverse rizières et bananeraies, jusqu'à ce que surgissent les silhouettes massives des cinq volcans — Karisimbi, Bisoke, Sabyinyo, Gahinga, Muhabura — qui marquent la frontière avec l'Ouganda et le Congo.
Le lodge lui-même se déploie en vingt-et-une suites et villas dispersées dans la forêt, chacune dotée de sa cheminée, de sa baignoire face à la canopée, et d'un majordome qui semble deviner vos désirs avant que vous ne les formuliez. Le design, signé par les architectes du légendaire Royal Malewane, marie textiles imuhabwa tissés à la main, bois sombres et terres cuites — une élégance feutrée qui n'oublie jamais où elle se trouve.
De ce séjour, trois moments resteront gravés. La rencontre avec les gorilles, d'abord, dans le Parc National des Volcans — quatre heures d'ascension à travers une jungle dense et humide, jusqu'à ce silence presque sacré où l'on se trouve face à un dos argenté de deux cent cinquante kilos, à quelques mètres, sans grille, sans barrière, dans une intimité qui bouleverse tout ce que l'on croyait savoir du règne animal. L'ascension du volcan Bisoke ensuite, six heures aller-retour pour atteindre, à 3 711 mètres, un lac de cratère turquoise suspendu dans les nuages. Enfin, le pèlerinage au tombeau de Dian Fossey au Karisoke Research Center, où la primatologue américaine repose auprès de son gorille favori, Digit — un moment de méditation rare, accessible uniquement aux marcheurs déterminés.
À glisser dans son sac avant le départ : Notre-Dame du Nil de Scholastique Mukasonga (Prix Renaudot 2012), récit lumineux et tragique d'un pensionnat de jeunes filles dans les années 1970, qui annonce sans la nommer la catastrophe de 1994. Une œuvre de littérature pure, où la beauté des collines rwandaises se mêle à la prescience du drame — la lecture indispensable pour comprendre l'âme de ce pays.
Enfin, sur le chemin du retour, une visite s'impose au Kigali Genocide Memorial, conçu par les équipes de l'Aegis Trust et inauguré en 2004 sur le site où reposent plus de 250 000 victimes. L'exposition permanente, sobre et bouleversante, retrace les mois qui ont précédé et suivi le génocide des Tutsi, et offre une réflexion universelle sur la mémoire, le pardon et la reconstruction. C'est, paradoxalement, en visitant ce lieu de deuil que l'on comprend la force tranquille du Rwanda d'aujourd'hui — cette nation qui, en trente ans, s'est relevée pour devenir l'une des plus inspirantes du continent africain.