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LAXFORD SCOTLAND / N. AMBROSETTI

N. AMBROSETTI

A cette époque de l’année les côtes de Laxford, au nord-est de l’écosse sont désertes et les pubs en fin d’après-midi sentent l’homme, la mer et la bière.

Alors quand une femme, italienne, pousse la porte en grelotant, il me semble inutile de dire que jusqu’à ce que la porte se referme, qu’il n’y a soudainement plus un bruit et les regards, tous rivés sur ma jupe détrempée, font l’écho d’une cloche de cathédrale sur ma peau devenue rouge.

Je m’y attendais, mais je ne suis pas certaine d’y avoir été préparée.

S’ajoute désormais à cette odeur, celle de ces mains venues m’aider à enlever mon trench. Qui au passage en frôlant ma nuque, rapproche encore l’homme qui allait m’offrir un grog. Ce grog, j’en suis désormais certaine, qui l’autorisa à m’accompagner jusqu’à ma chambre plus tard.

J’avais quitté Milan le matin même. Dix ans à être mère, dix ans à l’attendre le soir rentrer tard et mettre ma vie entre parenthèse. Peut-être les dix plus heureuses années de ma vie, peut-être les plus malheureuses.

Au début Morandi et Dalla chantaient avant de dîner, la fashion week me donnait la possibilité grâce à mon poste de rédactrice en cheffe d’un magazine international de nous faufiler dans les plus exclusifs after show, la biennale ramenaient très souvent nos amis vivant à l’étranger et Milan offrait régulièrement de belles expositions ou prétextes à «festeggiare» hors d’un nid.

Nid, certes ravissant, mais qui depuis était devenu synonyme de routine. Sans oublier de dire que Dalla était mort depuis.

Quant à lui, à présent, il me disait je t’aime comme on commande «l’aqua e il pane».

Ce matin, sans réfléchir j’avais foncé à l’aéroport. Les vols bon marchés proposaient toutes les destinations. J’ai choisi Edinbourg. J’ai loué une voiture et j’ai roulé. Roulé jusqu’à ce que je franchisse la porte de ce pub et que mes joues réalisent que j’étais en Ecosse.

Celle qui existe dans les livres. Il était grand, barbu, n’avait certainement jamais quitté son port et comme dans les pages de mes livres, il ne m’avait rien dit. Il m’avait juste accompagné à ma chambre et embrassé avant que je puisse tourner la clé.

En repartant, j’ai pu voir dans son regard, les chansons de Dalla, sur ses mains sentir l’odeur du safran de mon risotto, et sur ses joues, les couchers de soleils rouges qui n’existent qu’en Italie.

Avant de m’endormir, j’ai écris à Giaccomo, «ti voglio bene, sono gia al letto, ti scrivo domani, torno giovedi»  et lui ai dis d’embrasser Mona et Lucio.

Depuis mon retour je préparerai mes Linguine aux vongole avec derrière le mur de ma cuisine, les mers d’Ecosse, un ciel gris, la pluie et les embruns, regardant filer au loin, un bateau sur lequel un marin écouterai «Sei io fossi un angelo...»

Come pofondo il mare.

Nicolas Ambrosetti
Edinburgh Mai 2019

July 14, 2021
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